Jour 18 - Mercredi 2 septembre - Rencontre avec ma "mentor"
J'ai rendez-vous aujourd'hui à 15.30 avec ma mentor qui m'a contacté par e-mail les derniers jours. Pour ceux qui sont en Université en France, il s'agit de l'équivalent du parrain/marraine Erasmus, chargé de faire découvrir à son filleul le pays où il va temporairement vivre, tout en lui faisant partager sa culture. J'arrive avec un peu d'avance, quelques papillons dans le ventre, beaucoup d'excitation et un peu d'appréhension. Je regarde autour de moi, il y a un étal de fruit et légumes qu'une touriste prend en photo. Je me dis: carte postale, les fruits assortis de toutes les couleurs, les facades propres et colorées de Gamla Stan.
Internet a développé ce genre de situation: celle où l'on rencontre pour la première fois quelqu'un avec qui on a déjà fait un peu connaissance par messages interposés. Ce sont toujours des moments savoureux. D'abord le premier temps où on cherche la personne du regard, où on croit la reconnaître dans chaque passante (même si elle ne correspond pas au « point de ralliement »: une coiffure, un tee-shirt...), à cet instant se mêle l'anxiété de la voir surgir n'importe où. Ensuite, on perçoit un regard insistant, où brille un point d'interrogation et on se dit « c'est elle ». C'est elle, les cheveux courts frisés, le teint mat, un grand sourire. Elle s'appelle Ghaza. On discute tout en parcourant les rues de Gamla Stan, en anglais.
Elle me dirige alors dans un petit café où ils servent, paraît-il, un délicieux chocolat. On prend chacun un chocolat blanc qui respecte très bien sa réputation. Elle me demande si j'ai des questions à propos de Stockholm. Je n'ai rien en tête. Alors on fait connaissance.
On parle de cinéma, elle aime Danny Boyle. J'ai vu Transpotting, Sunshine et Slumdog Millionnaire « of course ». Elle aime aussi Sam Mendes que j'adore. On parle musique, littérature et puis de nos familles. Son grand frère est réalisateur et fait son premier film.
Elle me demande si je le mal de pays. Je lui réponds qu'un peu, évidement, que j'ai tous les gens que j'aime en Franche-Comté mais que je suis très bien ici aussi. Que c'était un de mes rêves de vivre ici, de partir un peu à l'aventure. Ca compense.
Elle me demande ce que j'ai déjà vu de Stockholm. Moderna Museet. Elle fait alors cette réflexion que lorsque l'on vit dans une ville, on ne va jamais visiter ses points d'intérêts. Il est vrai qu'en deux ans de vie à Besançon, je n'aurais vu que le Musée d'Art et d'archéologie et la citadelle alors qu'il y avait tant à voir: les expositions, le Musée du Temps...
Elle aime beaucoup Gamla Stan, qu'elle trouve cozy.
Je me lance dans les conversations sans faire attention à mon anglais, et me rends compte au final que j'aurais du apprendre mes listes de verbes irréguliers. A certains moments de la conversation, je m'assiste d'une serviette en papier et d'un stylo, pour lui indiquer d'un grossier schéma des lieux où je suis allé.
On se quitte passé cinq heures, je descends du métro qui arrive à T-Centralen, en plein milieu de conversation. Je prends mes métros pour Solna et assiste à une vision étrange: un métro côte à côte du notre avance à la même vitesse, avec la teinture des vitres on a l'impression qu'il est irréel et qu'il flotte dans le vide. Le métro disparaît en s'enfoncant dans le sol.